Bouddhisme et alimentation

Bouddhisme et alimentation

Alimentación y Creencias

L’Asie est l’une des régions du monde intégrant parfaitement la religion au quotidien. Ceci est démontré à travers l’alimentation dans le bouddhisme. Les paroles de Bouddha1 insistent sur l’importance de la vie et de la compassion, d’où en découle la pratique du végétarisme, perçu comme la vénération de la vie, la non-violence étant un principe important avec le shita2. Cependant il est important de rappeler que Bouddha n’impose nullement le végétarisme à ses croyants mais il “insiste sur le fait de ne pas avoir de préférence et d’accepter ce que l’on donne. Le bouddhiste peut manger de la viande si elle n’a pas été tué exprès pour la personne”.


I. Végétarisme bouddhique: différences selon les pays


Cette parole est mise en application de différentes manières selon le pays et leurs contraintes. Au Tibet, les bouddhistes consomment de la viande en Jude. En effet les conditions climatiques alliées aux conditions de vie rendent difficile le suivi d’un végétarisme total au quotidien. Cette pratique est néanmoins intégrée dans la religion et le rituel de la mise à mort de l’animal est supervisé par les lamas3 qui invoquent des mantras chantés afin de libérer l’esprit de l’animal. Il existe une deuxième interprétation davantage rationnelle de cette consommation de viande: la chaire animale passant à travers le système immunitaire humain garanti la libération de l’esprit animal.
Seules les périodes de pujas dédiées à Tara ou Avalokitevara4 font exception et les pratiquants consomment uniquement des repas végétariens.

Les bouddhistes thaïlandais, birmans et sri lankais consomment également une quantité importante de viande, et ce davantage par habitude de consommation que pour des raisons de contraintes.

 

Le Dharma5 et l’alimentation

Religion non-théiste, le rapport à la nourriture diffère selon Bouddha, que l’on soit moine ou nonne, ou bien laïc. Suivant l’enseignement de Bouddha préconisant de rejeter toute attitude extrême, soit l’abandon aux plaisirs comme l’ascétisme.
Les membres de congrégation religieuse devaient suivre un rythme précis: ils mendient leur nourriture auprès de la population chaque matin après le lever du soleil, puis ne peuvent manger qu’avant le soleil au méridien et une seule fois par jour. La mendicité était toutefois limitée car les moines ne peuvent mendier plus de trois fois par jour. En cas de  trois refus, le jeûne est pratiqué jusqu’au jour suivant. Les moines ne devaient pas tuer d’animaux sous peine d’être exclu de la communauté; néanmoins la viande proposée lors de l’aumône se devait d’être acceptée uniquement si celle-ci n’avait été sacrifiée spécialement pour eux. La nourriture offerte doit être accepter dans sa totalité sans tri. Ces pratiques s’expliquent par le non-attachement au plaisir du goût. De ce fait les moines reconnaissent que la nourriture offerte est suffisamment nécessaire pour maintenair leur bonne santé de leur corps.

Les laïcs se nourrissent quant à eux normalement tout en suivant les mêmes principes de Bouddha; à cela doit s’appliquer la méthode de consommation. En effet la nourriture doit être consommée méditativement, sans bruits, en étant pleinement conscient de ce que l’on fait, de la source de la nourriture dont est issue notre alimentation.


Le cuisinier zen ou Tenzo reprend ce dernier principe. Basé sur les paroles de Bouddha “Nous entretenons tous notre vie en mangeant. Nous la perdons si nous ne mangeons pas. [...] En mangeant, nous assurons notre vie, augmentons notre force, suscitons une impression plus saine, surmontons les épreuves et remédions à la faim et à l’affaiblissement.”, le cuisinier zen aborde la cuisine sous un angle différent par rapport à ‘Europe Occidentale. Bouddha interprète cette question de manger par comment vivre, ce que le cuisinier zen imite en pratiquant le shomyojiki6 et jamyojiki7. Le Tenzo fait cuire les aliments afin d’en tirer le meilleur des ingrédients: la préparation et conservation sont également deux étapes clés car c’est recevoir la vie de plantes et animaux pour s’alimenter et de fait, le cuisinier doit en faire la meilleure utilisation possible. Selon le cuisinier zen, cuisiner est “développer un sentiment de gratitude par une profonde reconnaissance pour la source de la vie des ingrédients et pour la vie de ceux qui mangent”.


La tradition Thera-vâda8 comprend des rituels alimentaires simples et conviviaux où la nourriture est considérée comme une occasion de pratiquer la tempérance, le contentement, la compassion et la générosité. Des vertus importantes dans la vie selon Bouddha car elles permettent de se sentir mieux, de vieillir lentement et de mincir. On évite ainsi la complaisance envers soi, l’avidité, la voracité, l’insatiabilité.


Le bouddhisme a donc pleinement intégré l’alimentation et la nourriture dans ses pratiques, sans interdits mais avec des mesures. Contrairement au végétarisme totale, le bouddhisme souligne l’importance de la vie dans les plantes, animaux et êtres vivants tout en marquant le fait naturel que certaines dépendent d’autres. Loin d’être un péché, cuisiner et manger permet au contraire d’apporter le meilleur aux autres et à soi-même.

Bibliographie

Dôgen, Coursin J., Instructions au cuisinier zen, Le Promeneur, 1994.


Strigier F., L’alimentation des Laotiens. Cuisine, recettes et traditions au Laos et en France, Karthala, 2011.


Wijayaratna M., Le moine bouddhiste: selon les textes du Thera-vâda, Cerf, Paris, 1983.

 

1 Bouddha: désigne une personne ayant atteint l’éveil, le niravana

2 shita: éthique de la nourriture

3 lama: moine tibétain

4 Tara et Avalokitevara: dieux spécifiquement liés à la compassion

5 Dharma: enseignement de Bouddha

6 shomyojiki: aliment obtenu en prenant la bonne voie, qui soit bénéfique pour l’entretien de la santé du corps et de l’esprit.

7 jamyojiki: aliment obtenu en trompant les autres

8 la voix des anciens, pratiqué en Thaïlande, Laos, Cambodge et Sri Lanka